Nora
Il était une fois, bien loin de notre Terre, une ville miniature, invisible à l'oeil humain. Personne ne doutait de son existence, à part, bien sûr, Nora. En fait, elle les voyait toutes les nuits, ces êtres au visage arrondi et à la moustache et barbe bien fournies. Pourtant, elle savait pertinemment que ce n'était ni des lutins,ni des gnomes, ni aucun être de ce genre d'ailleurs. Elle les observait travailler dur à la tâche. Souvent, lorsque la lune reprenait sa place au milieu des étoiles, Nora versait une ou deux larmes dans son sommeil, car elle désirait ardemment être une de ces "leys" (elle avait nommé ce peuple-le peuple des Ley). Au matin, lorsqu'elle apercevait sur son coussin une tâche un peu fraîche, Nora aimait à croire que c'était la rosée du matin qu'un oiseau venait de déposer sur son oreiller. "Réveilles-toi Nora, c'est l'heure de déjeûner""Attends maman, juste cinq minutes.." puis Nora se recroquevilla sous la couverture. Une fois que les pas de sa mère s'estompèrent, Nora dit au revoir aux Leys et leur souhaita de passer une bonne journée. Elle sourit, posa un pied au sol, et s'étira de tout son long jusqu'à que son coucou se mit à sonner les sept coups. "Cette fois, je me dépêche". Elle se coiffa, se débarbouilla, et chercha dans son tiroir, au fond d'une pile d'habits, son caillou bleu. C'était son caillou magique. Elle le serra très fort dans la main, et le glissa dans sa besace. "Cette fois, je suis prête", se dit-elle. Elle se précipita dans les escaliers, embrassa sa mère et emporta avec elle son goûter. Une fois le nez dehors, elle salua de nouveau les leys et d'un pas léger marchait de long de l'avenue Tor. Elle baissa les yeux, et se demanda finalement s'il était bien de cacher à sa mère l'existence des leys et de son caillou bleu. Après tout, elle avait bien le droit de savoir. Mais les propos de sa meilleure amie, Lilas effacèrent instanément l'idée de faire connaître son jardin secret à sa mère. "Ca ne servirait à rien, elle te prendrait pour une folle" affirma Lilas. Mais pourquoi finalement? Ils ne sont pas méchants les leys et pis, mon caillou magique n'a rien de menaçant. Sur le moment, elle avait du mal à interpréter les paroles de sa meilleure amie. Tout cela la rendait confuse. Mais maintenant, c'est clair, ma mère ne comprendrait pas pourquoi elle parlerait à des êtres de si petite taille".
Sur le chemin de l'école, Nora aperçut Laurent, un camarade de classe adorable. Châtain, aux yeux bleus-noisette. Tout le monde se moquait de lui à cause de son nez retroussé et de ses tâches de rousseur, mais elle l'aimait bien, Laurent. Il était gentil, timide, un peu maladroit, mais il lui donnait envie d'aller vers lui. Mais ça, il l'ignorait, et d'ailleurs elle préférait qu'il ne le sache pas. D'ailleurs, qui voudrait d'une fille potelée de la tête aux pieds? Et même si contrairement à lui, Nora était plutôt bien intégrée en classe (faut avouer (sans prétention) qu'elle a l'art de trouver les mots justes pour faire rire "l'assemblée"), elle sentait qu'ils se ressemblaient quelquepart. Et au fond d'elle, elle avait hâte de découvrir ce qui les rendait "spéciaux". En attendant, elle se contentait de rêvasser, et chaque fois qu'elle croisait ses yeux par hasard, elle ne pouvait s'empêcher de rire à gorge déployée. Histoire que personne ne doute de ses sentiments à son égard, mais aussi pour exorciser sa terrible timidité. Si seulement elle avait le cran.
Une nuit, les Leys n'étaient pas venus à sa rencontre. Elle se levait sans les quelques gouttes de rosée sur son oreiller, sans la mémoire de la vision de son peuple favori. Que se passait-il donc? Pourtant en fouillant dans son tiroir, son caillou bleu était bien à sa place. Un peu inquiète, elle prit son petit-déjeûner de manière un peu automatique, et lorsque sa mère remarqua son mutisme inhabituel, l'interrogea: " Tout va bien, Nora?" et avec un grand sourire, elle lui demandait encore un peu de lait. Elle lui en versa un grand verre, et but goulûment.
Sur le chemin de l'école, elle ne put s'empêcher de penser à cette nuit étrange, vide ou ses amis secrets, les Leys n'étaient pas apparus. Son regard se ballada machinalement de gauche à droite, comme à la recherche d'un indice dans son esprit qui aurait pu faire penser à ce aurait pu se produire de spécial pour qu'elle ne voit plus ces petits êtres au visage arrondi et à la barbe fournie. Et c'est à ce moment qu'une voix lointaine, mais pourtant distincte se fit entendre. "Nora, nous t'avons choisi". Elle s'arrêta, se retourna, scruta toutes les rues pour voir d'ou pouvaient venir ces paroles. Mais rien de vivant semblait animer le quartier. Elle reprit la route, tentant de se rassurer. Une fois aux portes de l'établissement scolaire, elle croisa le regard timoré de Laurent. Lui aussi semblait avoir vu ou entendu un fantôme. Durant les exercises de français, c'est avec peine qu'elle essaya de se concentrer sur les exercices de grammaire...et pour se distraire, elle raconta à ses camarades des blagues qu'elles avait vu à la tv ou qu'elle avait entendues à la radio. A la pause de midi, au lieu de rejoindre les autres à la cantine, elle trouva une excuse pour être dispensée et quitta le préau pour se diriger dans le bois qui surplombait la ville.
